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La presse au XIXe siècle.

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Théophile Gautier et la guerre!

L’Illustration, 19 septembre 1870 – Tableaux de guerre 1 – Théophile Gautier.

« Il ne s’agit pas ici de batailles officielles, avec état-major piaffant autour du vainqueur et quelques morts de bon goût faisant académique au premier plan, le tout se détachant sur un fond de fumée bleuâtre, pour éviter au peintre la peine de représenter les régiments. Ce sont de rapides croquis, dessinés d’après le vif, sur un carnet de voyage, par un brave artiste, à la suite d’une ambulance. Pas un objet qui n’ait été vu, pas un trait qui ne soit sincère. C’est la vérité dans son horreur imprévue, dans sa sinistre bizarrerie. De telles choses ne s’inventent pas. L’imagination la plus noire n’irait pas jusque-là.

L’artiste à qui l’on doit ces dessins, Mr Lançon, est un naïf. Il ne cherche ni le style, ni la tournure, ni le chic à la mode. Il rend ce qu’il voit, il raconte les faits en termes brefs et précis. On peut se fier à lui. Il y a dans ces esquisses sommaires une qualité remarquable. Les détails peuvent manquer, mais l’important y est, et l’impression profonde et certaine. Nous allons feuilleter avec vous l’Illustration, et regarder ces images si vraies de l’affreuse chose qu’on nomme la guerre.

Voici la bataille de Mouzon. On voit se développer un vaste horizon, si vaste que la bataille y disparaît presque. Dans le fond de la vallée, la Meuse déroule ses sinuosités… Du flanc des coteaux, du milieu des feuillages, s’élèvent des fumées semblables à des feux de bergers. Ce sont les bombes des Prussiens qui incendient les bois. Cette autre petite fumée traversée d’éclairs indique les batteries françaises.

En regardant bien le long des bois, on distingue des files de points sombres ressemblant à des fourmis : ce sont des combattants. La nature, impassible, ne paraît pas dérangée par cette lutte furieuse. Mais, le combat fini, si l’on s’approche, quel horrible spectacle ! Nous prenons, sans choisir parmi les croquis de Mr Lançon, un coin du champ de bataille de Bazeilles.

Sur la terre, gisent sept cadavres à la file, avec les poses étranges de l’agonie ; les mains crispées et tendues en avant, mouvement instinctif du corps déjà abandonné par l’âme et dont les doigts cherchent à se raccrocher à quelque chose, se sentant glisser dans l’abîme noir de l’éternité. Chacun est tombé selon le hasard de sa blessure… Un seul coup de canon a fait tout ce ravage et tué les sept braves…

L’aspect de la route entre Mouzon et Bazeilles montre la guerre sous son côté lugubrement hideux. Un convoi a été arrêté dans sa marche par la canonnade ennemie, et c’est un épouvantable pêle-mêle de charrettes brisées, de soldats morts, de chevaux couchés. Pauvres bêtes innocentes que l’homme associe à ses fureurs, à ses périls et qui n’y comprennent rien, et qui tombent avec une résignation morne près de leurs maîtres farouches. Ces victimes de nos sanglantes folies ajoutent à la tristesse et à la désolation des champs de bataille.

Nous n’insisterons pas sur les combats dans les rues de Bazeilles. Ce n’est plus la guerre, c’est la tuerie, c’est l’extermination avec toutes ses horreurs. De tous les côtés, les obus éclatent, les murs croulent, les toits s’effondrent, et les cadavres s’écrasent sous les décombres… Quelle honte de voir les moyens d’une civilisation extrême appliqués au service d’une telle sauvagerie ! …

Quoi de plus navrant que ce dessin, représentant les habitants de Bazeilles menés au supplice pour crime d’avoir défendu leurs foyers ? En tête de ce funèbre cortège, figure un forgeron athlétique, qui a tué neuf Prussiens. Il marche la tête haute, sans regret. C’est un héros obscur dont l’histoire ne recueillera sans doute pas le nom. Dans la file se trouve une femme qui a fait le coup de feu. Héroïne, elle sera traitée en héros : fusillée… »

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Quelques événements de l'époque de Gautier :

La Guerre de Crimée: revenue actuellement sur le devant de la scène, la Crimée fut le théâtre d'une guerre assez longue de 1853 à 1856. Les premiers envoyés spéciaux suivirent le conflit pour la presse du temps. Ils envoyaient leurs dessins et leurs articles au siège de leur journal, ce qui déjà, augmentait les ventes. L'Illustration (1843 à 1944) publia une guerre de Crimée toute en image.

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Publié exceptionnellement avec l'autorisation de 

www.lillustration.com

Crimée : châtiments 4

L’armée russe qui avait envahi la Moldavie et la Valachie en 1853, repasse le Danube lorsque les alliés français, anglais et ottomans débarquent à Varna (actuelle Bulgarie), le 29 avril 1854. La décision tardive de les attaquer en Crimée va aboutir au long siège de Sébastopol. Le 14 septembre 1854, les alliés débarquent dans la baie d’Eupatoria, à 60 km de Sébastopol.

L’Illustration, 14 octobre 1854 : « Bataille de l’Alma – Les trois rapports adressés par M. le maréchal de Saint-Arnaud à l’Empereur et au ministre de la guerre, ainsi que le rapport de M. le vice-amiral Hamelin, ont fait connaître, dans ses détails les plus circonstanciés, la brillante victoire de l’Alma, qui inaugure si heureusement la campagne de Crimée…

La rivière d’Alma offre un cours sinueux, très encaissé. Les Russes avaient posté dans le fond de la vallée, remplie d’arbres, et dans le village de Bourbouka, une masse de tirailleurs bien couverts et armés de carabines de précision. Le prince Menschikoff, solidement établi sur les hauteurs de la rive gauche, et occupant le village à ses pieds avec 45.000 hommes, jugeait la position imprenable.

A midi, le 19 septembre 1854, notre avant-garde couronnait les mamelons de Zembrouck, n’étant séparée de l’ennemi que par la vaste plaine de deux kilomètres qui s’étend de Zembrouck à l’Alma. Jusqu’à deux heures,Menschikoff, retranché dans le village d’Alma et sur les inaccessibles plateaux de la rive gauche, ne bougea pas.

A deux heures, il fit déboucher dans la plaine une forte colonne de cavalerie, soutenue par une brigade d’infanterie. A quatre heures, la division Canrobert se montra à l’est de la plaine. Aussitôt, tous les escadrons moscovites se déploient et chargent à fond sur notre première division. Celle-ci s’arrête et se divise en trois carrés, flanqués d’artillerie. Deux fois, cette masse de cavaliers est accueillie par un feu effroyable de mousqueterie et de canon ; deux fois, elle fuit en désordre.

Le 20, le centre de l’armée russe est massé dans la vallée qui fait face au pont de l’Alma ; sa gauche couvre les versants qui regardent l’embouchure ; sa droite couvre toutes les hauteurs qui dominent la vallée à l’est ; son avant-garde et tous les tirailleurs occupent le village sur les deux rives de l’Alma… Menschikoff occupe la tour du télégraphe.

Les généraux alliés ont décidé d’envelopper l’armée russe dans la vallée où elle s’est concentrée en masse. Les Anglais débordent l’aile gauche russe et exécutent leur mouvement avec autant d’intelligence que de vigueur… L’action devient bientôt générale. Des deux côtés, les canons échangent des boulets et des obus. Les troupes alliées avancent toujours, renversant tous les obstacles.

Enfin, toutes les hauteurs sont en notre pouvoir… Les Russes sont en pleine déroute, mais non sans nous avoir occasionné des pertes regrettables.

A trois heures et demie, la victoire est complète, et les alliés restent maîtres du champ de bataille. Nos soldats ont été superbes de courage et d’entrain. Les Zouaves ont fait l’admiration des deux armées et terrifié les Russes. Nos alliés anglais ont eu 2300 hommes hors de combat… »

Jean-Pierre Boudet www.sagapresse.com, articles parus dans la Nouvelle République des Pyrénées, 2014

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