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Gautier romantique

Retrouvez en bas de page l'histoire romantique de Militona et don Andrès qui se déroule à Madrid, ville magnifique.

Les animaux, la nature, font partie du monde des Romantiques. Théophile Gautier développa ses idées sur le sujet dans plusieurs publications comme La Nature chez elle et Ménagerie intime, dont nous reparlerons.

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La présence de grands auteurs dans la rédaction des journaux quotidiens d’information, au XIXe siècle, augmentait le nombre des lecteurs. C’est pourquoi dans La Presse, Le Siècle, Le Moniteur universel… on s’arrachait les écrivains de renom. Les revues spécialisées, hebdomadaires ou mensuelles, créées par des artistes ou des patrons de presse,touchaient un plus petit nombre de lecteurs.

Théophile Gautier, artiste peu fortuné, travaillait pour plusieurs publications dans lesquelles il proposait des critiques sur les spectacles, sur l’art, ses voyages, et ses propres créations sous forme de feuilletons. Un ancien Tarbais ne saurait résister à l’envie de vous proposer l’un de ses contes romantiques se déroulant dans les montagnes. Pourquoi pas dans les Pyrénées ?

                                            Le Berger

La revue de Girardin Le musée des familles de mai 1844, offre à ses lecteurs, en première page, l’œuvre de Gautier intitulée Le Berger : «… Aujourd’hui, dans le temps prosaïque où nous vivons, même sans être sorti de Paris, on peut, d’après les tableaux de Brascassat et de la Berge, se faire une idée assez juste des moutons et des bergers. Les moutons ne sont pas poudrés de blanc et ne portent pas de faveurs roses au cou ; ce sont des animaux recouverts d’une laine sale, imprégnée d’une odeur désagréable ; leur principale poésie consiste en côtelettes et gigots.

Les bergers sont des drôles peu frisés, hâves, déguenillés, marchant d’un air nonchalant, un morceau de pain bis à la main, un maigre chien à museau de loup sur leurs talons…

Vers le milieu de l’été 18.., un petit pâtre de quinze ou seize ans, mais si chétif qu’il ne paraissait pas en avoir douze, poussait devant lui, de cet air méditatif et mélancolique, une douzaine de moutons… Les romans n’avaient pas tourné la tête à Petit-Pierre ; il ne savait pas lire. Cependant, il était rêveur. A quoi pensait-il ? Il regardait le lever et le coucher du soleil, les jeux de la lumière dans le feuillage, les différentes nuances des lointains … « Qu’ai-je donc à m’arrêter une heure entière devant un chêne, devant une colline, oubliant de boire et de manger ? » Arrivé sur le revers d’une pente couverte d’un gazon fin et luisant, semée de quelques beaux bouquets d’arbres, il s’arrêta, s’assit sur un quartier de roche et, le menton appuyé sur un bâton recourbé comme ceux des pasteurs d’Arcadie, il s’abandonna à la pente de ses rêves, … son chien couché à se pieds… C’était un tableau tout à fait signé... C’est la réflexion que se fit une jeune femme qui entrait en ce moment par l’autre extrémité du vallon : « Quel joli site à dessiner ! » dit-elle en prenant un album des mains de sa femme de chambre … »

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L’action de la nouvelle « Le Berger » de Théophile Gautier se situe dans les montagnes. « On dirait le Sud », comme le chante Nino Ferrer. Notre jeune berger rêve devant les magnifiques paysages, forcément pyrénéens, qui s’offrent à lui, son chien à ses pieds. Une jeune femme, accompagnée de sa dame de compagnie, survient et commence à dessiner : « Petit Pierre, absorbé par une découverte de feuilles de châtaigner, ne s’était pas aperçu de l’arrivée d’un nouvel acteur sur la tranquille scène de sa vallée. L’aspect de cette forme svelte et blanche troubla singulièrement le jeune berger qui se mit en devoir de se retirer.

Mais ce n’était pas là le compte de la jeune femme qui était précisément en train de croquer le petit pâtre et son troupeau ; elle jeta de côté album et crayons, et, avec deux ou trois bonds de biche poursuivie, elle eut bientôt rattrapé Petit-Pierre, qu’elle ramena où il était assis auparavant… « Mais c’est qu’il a de beaux yeux, pour des yeux de paysan ! » La folle jeune femme recourut à sa place et reprit son dessin, qu’elle eut bientôt achevé. « Tu peux partir, maintenant ; mais il est bien juste que je te dédommage. Viens ici. »

Le berger arriva lentement, tout honteux ; la jeune femme lui glissa vivement une pièce d’or dans la main… Le pâtre qui avait jeté un regard furtif sur l’album entr’ouvert, restait comme frappé de stupeur : des écailles venaient de lui tomber des yeux, une révélation subite s’était opérée en lui… La jeune femme s’amusait de cette admiration et lui fit voir différents sites crayonnés…

Puis, comme la nuit venait, elle reprit, avec sa dame de compagnie, le chemin de la maison de campagne… L’humble berger commençait à comprendre confusément à quoi servait de contempler les arbres, les plis du terrain et les formes des nuages… Il n’était donc ni un imbécile, ni un fou… Le soir venu, il eut bien de la peine à s’endormir, et il se roulait dans la paille, comme un tronçon de reptile. Enfin le sommeil vint… « Si j’avais du papier et un crayon, je réussirais mieux… »

Petit-Pierre oubliait qu’il fût un capitaliste. Il s’en souvint ; et un jour, confiant son troupeau à un camarade, il s’en fut résolument à la ville et entra chez un marchand, lui demandant ce qu’il fallait pour dessiner… Petit-Pierre s’en retourna à ses moutons et, sans les négliger, il consacra tout son temps à dessiner… Il fut plusieurs jours sans revoir la jeune femme. Est-ce que Petit-Pierre était amoureux ? A moins d’être fou, est-ce bien sérieusement qu’on aime une reine ? Un jour, il entendit sonner sur les cailloux, le galop d’un cheval et, au bout de quelques minutes, il vit la dame… »

Théophile Gautier et la nature...

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Notre planète et ses habitants semblent n’être, aux yeux des spéculateurs, qu’une simple marchandise qui doit rapporter vite et beaucoup. Les ressources s’épuisent, le climat change, le stress envahit l’atelier et le bureau. Le coût du travail passe avant le bonheur de l’ouvrier, mais peu importe. Que pensait notre Tarbais journaliste Théophile Gautier de la Nature ?

L’Illustration, 2 juillet 1870 – La Nature chez elle - Juin (suite et fin) : « Quelles peuvent être les idées des végétaux ? C’est une question que se pose le songeur dans ses promenades au fond des bois. Sous leur apparence immobile, les arbres et les plantes sont doués d’une existence qui ressemble à celle des êtres animés. Ils naissent, ils croissent, ils respirent, ils ont leurs amours, ils se multiplient, ils sont malades, ils vieillissent, ils meurent. Vous le voyez, ils parcourent tout un cycle de la vie…

Les arbres n’ont-ils aucune rêverie ? N’ont-ils nul sentiment de ce qui les entoure ? Ne comprennent-ils pas la foudre qui les frappe, la hache qui ouvre dans leurs troncs des entailles vermeilles comme des blessures ? Il est difficile de les supposer insensibles à ce point.

Quand on erre à travers une forêt, on comprend qu’un mystère vous enveloppe. Il semble qu’on est importun, qu’on dérange la solitude et qu’à votre approche quelqu’un s’est brusquement retiré. Les arbres, les plantes et les fleurs ont l’air de changer de conversation. Tout à coup, un petit oiseau s’envole et va signaler aux vieux chênes l’apparition de l’ennemi, c’est-à-dire de l’homme. La forêt se tient alors sur la réserve et ne dit plus que des choses insignifiantes.

Au bout de quelques temps, quand on a reconnu en vous un rêveur inoffensif, incapable de meurtres inutiles, tout ce monde craintif se rassure. Les arbres causent avec le vent ; les oiseaux sautillent à travers les branches, continuant leurs conversations ; les moucherons reprennent leurs valses dans les rais de lumière, et la nature vaque à ses petites affaires comme si vous n’étiez pas là.

A qui vient de la ville tumultueuse, le silence semble d’abord profond. Peu à peu, l’oreille s’y habitue et discerne mille petits bruits qui lui échappaient… Oh ! Qu’il fait bon rester là de longues heures, oubliant tous les ennuis factices de la civilisation… Attendons que l’homme se ravise, ce qui n’est guère probable, vu qu’il s’éloigne chaque jour de la Nature, dont le sens paraît s’oblitérer chez lui… »

Ceux qui n’auront pas les moyens de partir en vacances cet été et de se noyer dans la foule, trouveront bien un coin de forêt propice à la rêverie et au repos. Le chant des oiseaux remplacera avec bonheur le bruit assourdissant qui accompagne l’aquagym, les jeux de plage et la danse en discothèque.

Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs œuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit, malgré les averses,

Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,

Sournoisement lorsque tout dort,

Il repasse des collerettes

Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,

Il s’en va, furtif perruquier,

Avec une houppe de cygne,

Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;

Lui, descend au jardin désert

Et lace les boutons de rose

Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,

Qu’aux merles il siffle à mi-voix,

Il sème aux prés les perce-neiges

Et les violettes des bois.

Sur le cresson de la fontaine

Où le cerf boit, l’oreille au guet,

De sa main cachée il égrène

Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que la cueilles,

Il met la fraise ai teint vermeil

Et te tresse un chapeau de feuilles

Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,

Et que son règne va finir,

Au seuil d’avril tournant la tête,

Il dit : « Printemps, tu peux venir ! »

Théophile Gautier, Émaux et Camées, 1858.

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Gautier et le fantastique!

Moniteur Universel du vingt-neuf février 1856: « Octave ne formait aucun projet, ne croyait plus à l’avenir. Pourtant, si vous imaginez une figure amaigrie et creusée, un teint terreux, des membres exténués, un grand ravage extérieur, vous vous tromperiez ; tout au plus apercevait-on quelques meurtrissures de bistre sous les paupières, quelque attendrissement aux tempes sillonnées de veines bleuâtres.

Seulement l’étincelle de l’âme ne brillait pas dans l’œil dont la volonté, l’espérance et le désir s’étaient envolés. Ce regard mort dans ce jeune visage formait un contraste étrange.

Octave avait été, avant de languir de la sorte, ce qu’on nomme un joli garçon, et il l’était encore : d’épais cheveux noirs aux boucles abondantes se massaient, soyeux et lustrés, de chaque côté de ses tempes ; ses yeux longs, veloutés, d’un bleu nocturne, s’allumaient parfois d’une étincelle humide… Il se mettait bien, sans précéder la mode, ni la suivre en retardataire…

Comment se faisait-il que, jeune, beau, riche, avec tant de raisons d’être heureux, un jeune homme se consumât si misérablement ? Vous allez dire qu’Octave était blasé, que les romans à la mode du jour lui avaient gâté la cervelle, qu’il ne croyait à rien, que de sa jeunesse et de sa fortune gaspillées en folles orgies, il ne lui restait que des dettes ; toutes ces suppositions manquent de vérité.

Ayant fort peu usé des plaisirs, Octave ne pouvait en être dégoûté. Il n’était ni romanesque, ni athée, ni libertin, ni dissipateur… et il dépensait son revenu sans faire mordre ses fantaisies au capital. Son notaire l’estimait ; c’était donc un personnage tout uni, incapable du pire.

Quant à la cause de cet état singulier où il se trouvait et qui mettait en défaut la science de la faculté, nous n’osons l’avouer, tellement la chose est invraisemblable à Paris, au XXe siècle, et nous laissons le soin de la dire à notre héros lui-même… »

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Moniteur Universel du vingt-neuf février 1856: « Octave ne formait aucun projet, ne croyait plus à l’avenir. Pourtant, si vous imaginez une figure amaigrie et creusée, un teint terreux, des membres exténués, un grand ravage extérieur, vous vous tromperiez ; tout au plus apercevait-on quelques meurtrissures de bistre sous les paupières, quelque attendrissement aux tempes sillonnées de veines bleuâtres.

Seulement l’étincelle de l’âme ne brillait pas dans l’œil dont la volonté, l’espérance et le désir s’étaient envolés. Ce regard mort dans ce jeune visage formait un contraste étrange.

Octave avait été, avant de languir de la sorte, ce qu’on nomme un joli garçon, et il l’était encore : d’épais cheveux noirs aux boucles abondantes se massaient, soyeux et lustrés, de chaque côté de ses tempes ; ses yeux longs, veloutés, d’un bleu nocturne, s’allumaient parfois d’une étincelle humide… Il se mettait bien, sans précéder la mode, ni la suivre en retardataire…

Comment se faisait-il que, jeune, beau, riche, avec tant de raisons d’être heureux, un jeune homme se consumât si misérablement ? Vous allez dire qu’Octave était blasé, que les romans à la mode du jour lui avaient gâté la cervelle, qu’il ne croyait à rien, que de sa jeunesse et de sa fortune gaspillées en folles orgies, il ne lui restait que des dettes ; toutes ces suppositions manquent de vérité.

Ayant fort peu usé des plaisirs, Octave ne pouvait en être dégoûté. Il n’était ni romanesque, ni athée, ni libertin, ni dissipateur… et il dépensait son revenu sans faire mordre ses fantaisies au capital. Son notaire l’estimait ; c’était donc un personnage tout uni, incapable du pire.

Quant à la cause de cet état singulier où il se trouvait et qui mettait en défaut la science de la faculté, nous n’osons l’avouer, tellement la chose est invraisemblable à Paris, au XXe siècle, et nous laissons le soin de la dire à notre héros lui-même… »

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Le Moniteur Universel, du 29 février 1856 : « Comme les médecins ordinaires n’entendaient rien à cette maladie étrange, on eut recours, en dernier lieu, à un docteur singulier, revenu des Indes après un long séjour, et qui passait pour opérer des cures merveilleuses.

Octave, pressentant une perspicacité supérieure et capable de pénétrer son secret, semblait redouter la visite du docteur, et ce ne fut que sur les insistances répétées de sa mère qu’il consentit à recevoir M. Balthazar Cherbonneau.

Quand le docteur entra, Octave était à demi couché sur un divan : un coussin étayait sa tête, un autre lui soutenait le coude, un troisième lui couvrait les pieds. Il lisait ou plutôt il tenait un livre car ses yeux arrêtés sur une page ne regardaient pas. Sa figure était pâle…

Quelque indifférent que fût Octave, l’aspect bizarre du docteur le frappa. M. Balthazar Cherbonneau avait l’air d’une figure échappée d’un conte fantastique d’Hoffmann et se promenait dans la réalité stupéfaite de voir cette créature. Sa face, extrêmement basanée était comme dévorée par un crâne énorme que la chute des cheveux faisait paraître plus vaste encore… Les rares poils gris qui flânaient encore sur l’occiput, étaient massés en trois maigres mèches dont deux se dressaient au-dessus des oreilles…

Mais ce qui occupait invinciblement chez le docteur, c’étaient ses yeux ; au milieu de ce visage tanné par l’âge, calciné, usé dans l’étude, où les fatigues de la science et de la vie s’écrivaient en sillages profonds, en plis plus pressés que les feuilles d’un livre, étincelaient deux prunelles d’un bleu de turquoise, d’une limpidité, d’une fraîcheur inconcevables. On eût dit que, par quelque sorcellerie apprise des brahmes et des pandits, le docteur avait volé des yeux d’enfant… »

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« Je me trouvais à Florence, vers la fin de l’été. J’étais un jeune homme de belle humeur, ne demandant pas mieux que de m’amuser. Ayant loué une calèche, je me laissai aller à cette douceur de vie florentine qui a tant de charme.

Le matin, j’allais visiter quelque église, quelque palais ou quelque galerie tout à mon aise, sans me presser… Puis je déjeunais, fumais un cigare, parcourais les journaux…

A trois heures, la calèche venait me prendre et me transportait aux Cascines, qui sont à Florence ce que le bois de Boulogne est à Paris, avec cette différence que tout le monde s’y connaît…

Les femmes, en grande toilette, à demi couchées sur les coussins de leurs voitures, reçoivent les visites des amants, des dandys et des attachés de légation qui se tiennent debout et chapeau bas sur le marchepied. Là se forment les projets pour la soirée, s’assignent les rendez-vous… C’est comme une Bourse du plaisir qui se tient de trois heures à cinq heures, à l’ombre des beaux arbres, sous le ciel le plus doux du monde…

Je passai ainsi le plus heureux mois de ma vie ; mais ce bonheur ne devait pas durer. Une magnifique calèche fit un jour son début aux Cascines. Ce superbe produit de la carrosserie de Vienne, miroité d’un vernis étincelant, historié d’un blason presque royal, était attelé de la plus belle paire de chevaux qui ait jamais piaffé… La calèche n’était pas vide, comme vous le pensez bien…"

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Le Moniteur Universel du 1er mars 1856 : « …L’ombrelle se referma et l’on vit resplendir une femme d’une beauté incomparable. J’étais à cheval et je pus m’approcher assez pour ne perdre aucun détail de ce chef-d’œuvre humain. L’étrangère, une insolence de blonde sûre d’elle-même, portait une robe de ce vert d’eau glacé d’argent qui fait paraître noire comme une taupe toute femme dont le teint n’est pas irréprochable…

D’épais bandeaux blonds crespelés (frisés) formaient comme des vagues de lumière, descendaient en nappes opulentes des deux côtés de son front ; des cils longs et déliés comme des fils d’or, voilaient à demi ses prunelles d’un bleu vert pareil à ces lueurs qui traversent les glaciers…

A l’apparition de cette beauté suprême, j’oubliai mes amours d’autrefois. Les pages de mon cœur redevinrent blanches ; tout nom, tout souvenir disparurent…

La calèche quitta les Cascines (jardin de Florence) et reprit le chemin de la ville, emportant l’éblouissante vision ; je mis mon cheval auprès de celui d’un jeune Russe très aimable, grand coureur d’eaux, et qui connaissait à fond le personnel voyageur de la haute vie ; j’amenai la conversation sur l’étrangère, et j’appris que c’était la comtesse Prascovie Labinska, une Lithuanienne de naissance illustre dont le mari faisait depuis deux ans la guerre du Caucase.

Il est inutile de vous dire quelles diplomaties je mis en œuvre pour être reçu chez la comtesse que l’absence du comte rendait très réservée… Enfin, je fus admis…»

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« Bathazar Cherbonneau avait écouté Octave avec une attention profonde en pensant que l’amour-passion était une maladie curieuse qu’il n’avait rencontré qu’une fois à Chandernagor. Il fit signe à Octave de continuer, reployant sa jambe sur la cuisse comme la patte articulée d’une sauterelle, de manière à faire soutenir son menton par son genou…
- Je ne veux pas vous ennuyer du détail de mon martyre secret, continua le jeune homme ; cependant, j’arrive à une scène décisive. Un jour, ne pouvant plus modérer mon impétueux désir de voir la comtesse Pracovie Labinska, je devançai l’heure de ma visite accoutumée et je ne la trouvai pas au salon. Elle s’était établie sous un portique, ouvrant sur le jardin… La comtesse était seule, à demi couchée sur un canapé de jonc ; jamais elle ne m’avait paru si belle… Elle me fit un petit signe de tête bienveillant : elle était seule, circonstance favorable et rare…
- Ne dites pas un mot, Octave ; vous m’aimez, je le sais, je le sens, je le crois ; je ne vous en veux pas, car l’amour est involontaire… Je vous plains, car je ne puis vous aimer… J’adore le comte Labinski…
Le lendemain, je quittai Florence ; mais ni l’étude, ni les voyages, ni le temps, n’ont diminué ma souffrance, et je me sens mourir, docteur.
Le docteur Cherbonneau lui tendit une carte gravée sur laquelle on lisait : La comtesse Prascovie est à Paris et elle reçoit chez elle le jeudi. »

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« Votre récit, que j’ai écouté attentivement, dit le docteur, me prouve que tout espoir de votre part serait chimérique.

- Vous voyez bien, monsieur Cherbonneau, que j’avais raison de ne pas chercher à retenir ma vie qui s’en va.

- J’ai dit qu’il n’y avait pas d’espoir avec les moyens ordinaires, continua le docteur ; mais il existe des puissances occultes que méconnaît la science moderne, et dont la tradition s’est conservée dans ces pays étranges nommés barbares par une civilisation ignorante. Là, aux premiers jours du monde, le genre humain, en contact avec les forces vives de la nature, savait des secrets qu’on croit perdus…

Las d’avoir interrogé avec le scalpel, sur le marbre des amphithéâtres, des cadavres qui ne répondaient pas et ne me laissaient voir que la mort quand je cherchais la vie... je partis pour l’Inde.

J’appris le Sanscrit et le Pacrit ; je pus converser avec les Pandits et les Brahmes… Je saisis de la sorte des mots tout-puissants, des formules évocatrices… et je n’ai pas oublié la phrase magique de mon ami Brama-Logum, et la comtesse Prascovie serait bien fine si elle reconnaissait l’âme d’Octave de Saville dans le corps d’Olaf Labinski… »

La réputation du docteur Balthazar Cherbonneau, comme médecin, commençait à se répandre dans Paris ; ses bizarreries, affectées ou vraies, l’avaient mis à la mode. Il n’acceptait que les cas désespérés… Debout à côté du lit, il faisait des gestes magiques sur une tasse d’eau, et des corps déjà raides et froids, tout prêts pour le cercueil, après avoir avalé quelques gouttes de ce breuvage, reprenaient la souplesse de la vie, les couleurs de la santé… »

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Théophile Gautier, né à Tarbes, écrivit dans la presse tout au long de sa vie : analyses d’expositions, de spectacles, romans ou nouvelles. Dans le Moniteur Universel du 12 mars 1856, nous trouvons la suite du récit fantastique Avatar. Le jeune Octave tombe amoureux de la belle Prascovie Labinska qui, hélas, aime son mari. Un mystérieux docteur Cherbonneau propose son aide à Octave qui se laisse mourir.

« … Le comte Labinski avait entendu parler des miracles réalisés par le docteur, et sa curiosité s’était allumée. Il alla donc le visiter. Lorsqu’il entra, le comte se sentit comme entouré d’une vague flamme ; les lampes où brûlaient des huiles aromatiques, les larges fleurs de Java balançant leurs énormes calices, l’enivraient de leurs émanations vertigineuses. M. Cherbonneau se tenait accroupi sur son divan dans une étrange pose de fakir. On eût dit, à le voir, une araignée humaine pelotonnée au milieu de sa toile et se tenant immobile devant sa proie. A l’apparition du comte, ses prunelles de turquoise s’illuminèrent de lueurs phosphorescentes…

- Eh bien ! dit le docteur, vous avez entendu parler de mes tours, et vous voulez avoir un échantillon de mon savoir faire !

- Ma curiosité n’est pas si frivole, répondit le comte, et j’ai le plus grand respect pour un prince de la science…

- Vous avez sans doute entendu parler du miroir magique… Penchez-vous sur cette coupe et pensez fixement à la personne que vous désirez faire apparaître ; elle viendra du bout du monde ou des profondeurs de l’histoire.

Le comte s’inclina sur la coupe dont l’eau se troubla bientôt sous son regard… Le brouillard se dissipa et une jeune femme aux grands yeux vert de mer, aux cheveux d’or, se dessina : c’était Prascovie Labinska…

- Et maintenant, passons à quelque chose de plus curieux, dit le docteur en prenant la main du comte et en la posant sur une tige de fer du baquet mesmérique. Olaf n’eût pas plutôt touché le métal chargé d’un magnétisme fulgurant, qu’il tomba comme foudroyé.

- Allez chercher M. Octave de Saville, demanda le docteur Cherbonneau… »

Comment ce mystérieux génie va-t-il aider Octave ? Ce dernier sera-t-il enfin aimé de Prascovie ? Vous pouvez lire la suite dans le roman Avatar, en vente chez votre libraire favori.

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Voici une belle histoire, romantique à souhait, celle de MILITONA, dont l'action se situe en Espagne.

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Comme les Romantiques qui avaient la maladie du bleu, nous avons hâte de retrouver le beau temps après les frimas de l’hiver. Quoi de mieux que l’Espagne pour se dépayser et recharger ses batteries.

Gautier se rendit plusieurs fois dans ce beau pays et il y transporta ses lecteurs grâce à son roman « Militona » qui parut, sous forme de feuilleton dans le quotidien La Presse en 1847.

« Un lundi de 1846, dia de toros, comme on dit en Espagne, un jeune homme de bonne mine, mais qui paraissait d’assez mauvaise humeur, se dirigeait vers une maison de la rue San-Bernardo, dans la très noble et très héroïque cité de Madrid.

D’une des fenêtres de cette maison, s’échappait un clapotis de piano qui augmenta d’une manière sensible le mécontentement peint sur les traits du jeune homme : il s’arrêta devant la porte comme hésitant à entrer ; mais cependant il prit une détermination violente, et surmontant sa répugnance, il souleva le marteau, au fracas duquel répondit dans l’escalier le bruit des pas lourds du gallego (habitant venu de la Galice) qui venait ouvrir.

On aurait pu supposer qu’une affaire désagréable, un emprunt usuraire à contracter, une dette à solder, un sermon à subir de la part de quelque vieux parent grondeur, amenait ce nuage sur la physionomie naturellement joyeuse de don Andrès de Salcedo, mais il n’en était rien…

Bien que la chose ne soit guère à la louange de sa galanterie, don Andrès allait tout simplement rendre à doña Feliciana Vasquez de los Rios, sa visite quotidienne.

Doña Feliciana Vasquez de los Rios était une jeune personne de bonne famille, assez jolie et suffisamment riche, que don Andrès devait épouser bientôt…

Andrès, qui avait jeté son cigare au bas de l’escalier, secoua les cendres blanches qui salissaient son habit, donna un tour à ses cheveux et releva la pointe de ses moustaches ; il se défit de son air contrarié, et le plus joli sourire de commande vint errer sur ses lèvres… »

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L’écrivain tarbais Théophile Gautier, une nouvelle fois, nous transporte en Espagne. Un pays envoûtant, parfumé et parfois violent. Cette histoire d’amour romantique va faire vibrer les lecteurs du journal La Presse, en 1847, dans lequel paraît ce récit sous forme de feuilleton.

A Madrid, don Andrès se rend chez sa promise à contrecœur car c’est « dia de toro » et qu’il compte ne pas s’y éterniser.

« Pourvu, dit-il en franchissant le seuil de l’appartement, que l’idée ne lui vienne pas de me faire répéter avec elle cet exécrable duo de Bellini qui n’en finit pas, et qu’il faut reprendre vingt fois. Je manquerai le commencement de la course… »

Féliciana, assise sur un tabouret, légèrement penchée, déchiffrait la partition formidable, ouverte à l’endroit redouté… Andrès, dont les pas étaient amortis par la natte de paille de Manille, parvint jusqu’au milieu de la chambre sans avoir attiré l’attention de la jeune fille…

« Ah ! c’est vous, Andrès, dit sans se retourner Féliciana, qui avait reconnu la présence de son futur au craquement de ses chaussures. Vous arrivez tout à propos ; j’étais en train de repasser ce duo que nous devons chanter ce soir…

- Il me semble que je suis un peu enrhumé, répondit Andrès…

- Cela ne sera rien ; nous devrions bien chanter ensemble encore une fois… »

Le pauvre garçon jeta un regard mélancolique sur la pendule ; il était quatre heures… Le duo achevé sans trop d’encombre, Andrès lança encore vers la pendule, un coup d’œil furtif.

« L’heure paraît vous intéresser beaucoup, dit Féliciana ; vos yeux ne quittent pas le cadran. Les autres jours, je suis persuadée que la marche des aiguilles vous est fort indifférente, mais le lundi, c’est jour de taureau… Je ne veux pas vous priver d’un plaisir si grand pour vous… Partez ! »

Il marcha d’un pas mesuré jusqu’à ce qu’il eût tourné à l’angle de la calle de San-Bernardo et prit une allure plus vive jusqu’à la rue du Desengaño… Il approchait.

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« La calle del Caballero de Gracia franchie, il déboucha dans cette magnifique rue d’Alcala, qui s’élargit en descendant vers la porte de la ville, ainsi qu’un fleuve approchant de la mer. Malgré son immense largeur, cette belle rue, dont la pente, bordée d’édifices étincelants de blancheur, était pleine jusqu’au bout, d’une foule compacte, bariolée, fourmillante et de plus en plus épaisse…

Andrès s’avançait de ce pas alerte et vif, particulier aux Espagnols, faisant sauter dans sa poche, parmi quelques piécettes, son billet de sombra (place à l’ombre)…

Malgré son futur mariage, don Andrès ne se privait nullement de la distraction de regarder les jolis visages plus ou moins voilés de mantilles de dentelles, de velours ou de taffetas… Ce jour-là, il faisait sa revue avec plus de soin qu’à l’ordinaire ; il ne laissait passer aucun minois sans lui jeter un coup d’œil inquisiteur. On eût dit qu’il cherchait quelqu’un à travers la foule.

Un fiancé ne devrait pas, en bonne morale, s’apercevoir qu’il existe d’autres femmes au monde que sa novia (promise) ; mais cette fidélité scrupuleuse est rare ailleurs que dans les romans…

Le lundi précédent, il avait entrevu à la course, sur les bancs du tendido (gradins), une jeune fille d’une rare beauté et d’une expression étrange… Aucun signe d’intelligence, aucune parole n’avaient pu être échangés entre Andrès et la jeune manola…

Au moment où Andrès passait sous une des trois arcades de la porte d’Alcala, un calesin (une calèche) fendit la foule… Dedans, se trouvait une jeune fille. Une légère mantille posée sur la galerie d’un haut peigne d’écaille encadrait sa charmante figure. Andrès avait reconnu la délicieuse tête dont le souvenir le poursuivait depuis huit jours… »

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L’association Théophile Gautier de Paris organise en 2016 un colloque international sur le Tarbais. Il serait intéressant de créer dans sa ville natale, une association des amis de Théo et un espace de mémoire sur notre grand homme. Si vous êtes intéressés, merci de me contacter sur lesnouvelles65@orange.fr

Théo adorait l’Espagne, ses monuments, ses artistes, son soleil, son ciel bleu, ses rues animées et ses belles femmes pulpeuses aux yeux de braise. Il visita ce pays attirant à plusieurs reprises et, dès 1840, publia ses récits dans le journal La Presse.

A Madrid, don Andrès rend visite chaque jour à sa fiancée doña Féliciana, mais le « dia de toros » lui fait écourter son entrevue. Il a aperçu une belle manola qu’il ne peut oublier. A son arrivée près des arènes, elle est là !

« Andrès doubla le pas et arriva en même temps que la belle manola. Le hasard avait distribué les stalles, de façon qu’il se trouvât assis précisément à côté de la jeune fille.

Pendant que le public envahissait tumultueusement la place et que les gradins se noircissaient d’une foule de plus en plus compacte, les toreros arrivaient dans l’endroit qui leur sert de foyer… Tous, en passant devant la madone, firent une inclination de la tête… Un seul passa devant le tableau révéré sans lui accorder cette marque de respect et s’assit à l’écart. C’était un homme de vingt-cinq ans. Son teint basané, ses yeux de jais, ses cheveux crépus, démontraient son origine andalouse…Juancho, tel était son nom, n’avait pas l’air ouvert et franc qui convient à un beau garçon qui va, tout à l’heure, se faire applaudir par les femmes…

Juancho se leva enfin, jeta son manteau et alla se mêler au groupe bigarré… C’était le moment…Un murmure d’admiration l’accueillit.

Adrès, tout heureux de la rencontre qu’il avait faite, n’accordait pas grande attention à la course… Il contemplait la jeune fille placée à côté de lui. Elle lui sembla plus charmante encore que la première fois…

Juancho se tenait au milieu de la place… Son œil noir faisait le tour des gradins ; on eût dit qu’il cherchait quelqu’un. Lorsque son regard arriva où la jeune femme était assise, un éclair de joie illumina sa brune figure, et il fit un imperceptible mouvement de la tête… »

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Militona 5

L’association Théophile Gautier de Paris organise, en 2016, un colloque international sur notre grand Tarbais. Il serait intéressant de créer dans sa ville natale une association Théophile Gautier et un espace de mémoire sur notre écrivain. Si vous êtes intéressés ou si vous avez un local à Tarbes, merci de me contacter sur lesnouvelles65@orange.fr

Après un séjour estival de quelques jours à Madrid, je vous propose la suite des aventures de don Andrès qui se rend avec impatience aux arènes. Il y a aperçu une belle jeune fille, hélas accompagnée d’une vieille femme suspicieuse. Andrès se retrouve tout près de la belle manola qui semble connue d’un matador.

- Militona, dit la vieille à voix basse, Juancho nous a vues ; prends garde à te bien tenir ; ce jeune homme te fait les doux yeux, et Juancho est jaloux.

- Qu’est-ce que cela me fait ? répondit Militona.

- Tu sais qu’il est homme à faire avaler une langue de bœuf à quiconque lui déplaît.

- Je ne l’ai pas regardé, ce monsieur.

En disant qu’elle n’avait pas regardé Andrès, Militona faisait un petit mensonge. Les femmes n’ont pas besoin de cela pour voir. Nous devons dire qu’elle trouvait don Andrès un fort joli cavalier.

Andrès, pour avoir un moyen de lier conversation, fit signe à l’un des marchands d’oranges, de fruits confits, de pastilles et autres douceurs qui se promènent dans la place et offrent au bout d’une perche leurs sucreries aux spectateurs. La voisine d’Andrès était si jolie, qu’un marchand se tenait aux environs.

- Señorita, voulez-vous de ces pastilles ? dit Andrès avec un sourire engageant à sa belle voisine…

La jeune fille se retourna vivement et regarda Andrès d’un air de surprise inquiète…

Militona, prenant tout à coup sa résolution, plongea ses doigts menus dans la boîte et en tira quelques pastilles.

- Heureusement, Juancho a le dos tourné, grommela un homme du peuple qui se trouvait là ; autrement, il y aurait du rouge de répandu ce soir…                                                                                     (A suivre)

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Militona 6

La rentrée littéraire approche et c’est l’occasion de continuer à présenter l’œuvre méconnue du Tarbais Théophile Gautier. Le roman Militona, paru dans le quotidien La Presse en 1847, nous plonge dans la bouillonnante Espagne.

Don Andrès se rend avec impatience aux courses de taureau, au grand dam de sa fiancée car il y a aperçu une belle manola, la semaine dernière. Le hasard fait qu’il la voit à nouveau et qu’il se retrouve à côté d’elle. Un toréador semble s’y intéresser beaucoup également.

« En ce moment, l’orchestre sonna : c’était le tour de Juancho. Il fit le salut puis jeta en l’air sa montera (sa toque). Le silence se fit parmi l’assemblée, ordinairement si tumultueuse. Le taureau était des plus redoutables… Les chulos (garçons de service) se tenaient prudemment dans le voisinage de la palissade, et l’animal vainqueur vaquait librement sur la place, donnant des coups de corne dans les portes…

Juancho marchait vers la bête monstrueuse. Le Taureau étonné, poussa un sourd beuglement… Chaque pas que l’homme faisait en avant, la bête féroce le faisait en arrière. Le peuple, saisi d’enthousiasme, éclata en transports frénétiques.

Le torero ainsi applaudi, l’éclair aux yeux, leva la tête vers la place où se trouvait Militona, comme pour lui reporter les bravos qu’on lui criait de toutes parts et lui en faire hommage. Le moment était mal choisi. Militona avait laissé tomber son éventail, et don Andrès, qui s’était précipité pour le ramasser, le lui remettait d’un air tout heureux…

La jeune fille ne put s’empêcher de remercier d’un joli sourire. Ce sourire fut saisi au vol par Juancho ; ses lèvres pâlirent, son teint verdit, sa main se contracta sur le manche de la muleta (cape rouge).

Le taureau, n’étant plus dominé par l’œillade fascinatrice, se rapprocha de son adversaire sans que celui-ci songeât à se mettre en garde. L’intervalle qui séparait la bête de l’homme diminuait affreusement… »

Appel aux Tarbais qui souhaitent, comme moi, créer une association Théophile Gautier. Contact : lesnouvelles65@orange.fr

Après avoir tenu en haleine les lecteurs du journal La Presse, en 1847, l’œuvre de Gautier « Militona » se retrouve aujourd’hui dans notre journal préféré. Retournons donc à Madrid où se déroule cette aventure. Juancho, le toréador s’aperçoit que l’élue de son cœur sourit à un jeune homme, sur les gradins de l’arène et en oublie le taureau !

- En voilà un gaillard qui ne s’alarme pas ! dirent quelques-uns.

Quant à Militona, sa figure resta calme et sereine comme s’il ne se fût rien passé.

Les cris des assistants tirèrent Juancho de sa torpeur ; il fit une brusque retraite de corps et agita les plis écarlates de sa muleta devant les yeux du taureau. L’instinct de la conservation, l’amour-propre du gladiateur luttaient dans l’âme de Juancho avec le désir d’observer ce que faisait Militona.

- Que pouvait lui dire ce jeune homme, à qui elle souriait si doucement ? pensait Juancho, oubliant qu’il avait devant lui un adversaire redoutable ; et involontairement, il releva les yeux.

Le taureau, profitant de cette distraction, fonditsur l’homme ; celui-ci, pris de court, fit un saut en arrière, et, par un mouvement machinal, porta son estocade au hasard ; le fer entra de quelques pouces ; mais, poussé dans un endroit défavorable, il rencontra l’os et, secoué par la bête furieuse, rejaillit de la blessure et alla tomber quelques pas plus loin.

Juancho était désarmé et le taureau plein de vie ; car ce coup perdu n’avait fait qu’exaspérer sa rage.

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Nous recherchons un local en ville pour installer un petit musée et quelques amis pour créer une association Théophile Gautier. Ecrire à histopresse@gmail.com si vous pouvez nous aider.

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Les vacances sont finies et c’est avec grand plaisir que nous retournons à Madrid où se déroule le roman Militona de notre Tarbais Théophile Gautier.

Andrès, déjà fiancé, a aperçu la belle Militona aux courses de taureaux, et il est tombé amoureux. Le lundi suivant, il se retrouve à ses côtés dans les arènes, mais Juancho, le toréador, a des vues sur elle. Le voici qui, en plein combat, surveille la belle espagnole, occupée à sourire à don Andrès. Il manque son coup d’épée, provoquant la colère des spectateurs.

- Fuera, fuera ! criait le public. Gâter une si belle bête !

Cependant Juancho se tenait debout sous le déluge d’injures, se mordant les lèvres. Sa manche, ouverte par la corne du taureau laissait voir sur son bras une longue rayure. Il courut à son épée et la ramassa. Sur un signe qu’il fit, les chulos (les aides) lui amenèrent le taureau en l’amusant de leurs capes et, cette fois, il porta à l’animal une estocade dans toutes les règles.

- Juancho a pris une brillante revanche ! dit Andrès à sa voisine.

- Pour Dieu, monsieur, ne m’adressez plus un mot ! répondit Militona, sans presque remuer les lèvres.

Un effroi véritable, le sentiment d’un danger qu’Andrès ne pouvait comprendre, vibraient dans cette phrase brève.

Andrès n’adressa plus un mot à Militona, et même il se leva quelques minutes avant la fin de la course. Il enjamba les gradins pour se retirer, et dit quelques mots à un jeune à physionomie intelligente, et disparut.

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** Nous recherchons un local à Tarbes pour installer un petit musée Théophile Gautier. Merci de me contacter si vous êtes intéressé sur lesnouvelles65@orange.fr

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A l’heure où l’Espagne vit des moments difficiles (je ne parlerai pas de l’Europe) à cause des indépendantistes, nous retrouvons Madrid grâce au beau et chaud roman du Tarbais Théophile Gautier : Militona.

Pendant la corrida, don Andrès se retrouve à côté de la belle Militona, aperçue déjà la semaine passée, et qui le trouble profondément. Hélas pour lui, le toréador vedette semble avoir des vues sur elle et remarque son manège. Brusquement, la belle demande à Andrès, avec un air épouvanté, de ne plus lui parler. Il quitte les lieux après avoir parlé à un jeune garçon.

« Le petit drôle, lorsque le public sortit, eut soin de marcher dans la foule, de l’air le plus dégagé du monde, derrière Militona et la duègne. Il les laissa remonter dans leur calesin puis, lorsque la voiture s’ébranla, il se suspendit à la caisse.

- Bon, se dit Andrès qui vit d’une allée du Prado où il était parvenu, passer le calesin à toute vitesse avec le muchacho hissé par derrière ; je saurai ce soir l’adresse de cette charmante créature…

Le jeune garçon devait venir rendre compte de sa mission à don Andrès qui l’attendait en fumant un cigare et faisait son examen de conscience. Il ne pouvait guère s’empêcher de reconnaître qu’il était vivement préoccupé de la belle manola. L’espèce de mystère que semblait annoncer son effroi quand Andrès lui avait adressé la parole, ne pouvait manquer de piquer la curiosité de tout jeune homme un peu aventureux… Sans être don Quichotte de la Manche, l’on est toujours prêt à défendre les princesses que l’on suppose opprimées…

Pendant qu’Andrès s’abandonnait à ses voluptueuses rêveries, le soleil baissait rapidement. L’heure du dîner avec doña Feliciana, sa fiancée, approchait… et le messager d’Andrès ne revenait pas… »

* Nous recherchons un local à Tarbes pour mettre en place un petit musée Théophile Gautier (car il le vaut bien) et quelques amis pour créer une association soutenant l’œuvre du grand homme. Merci de nous contacter si vous pouvez nous y aider sur lesnouvelles65@orange.fr

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Militona 10

Le froid commence à arriver et les souvenirs de Madrid, visitée il y a quelques mois, viennent nous réchauffer le cœur. Notre illustre Tarbais fit paraître « Militona » en 1847, dans le journal La Presse, après avoir visité deux fois l’Espagne.

Un jeune homme est pressé de se rendre à la corrida, plus pour y revoir la belle Militona que pour suivre les combats. Hélas, il semble qu’elle ne soit pas libre et terrorisée par son contact! Il fait suivre sa calèche par un jeune garçon qui tarde à revenir.

« Ce retard étonna et contraria vivement Andrès, qui ne savait où retrouver son émissaire, et qui voyait ainsi se terminer au début une aventure qui promettait d’être piquante.

- Peut-être est-il arrivé quelque incident dont je ne puis me rendre compte ? se dit Andrès…

Suivons le calecin dans sa course rapide. Il avait d’abord longé le Prado, puis s’était enfoncé dans la rue San-Juan, ayant toujours l’émissaire d’Andrès accroché des piedset des mains à ses ressorts. Ensuite, il avait gagné la rue de los Desamparados. Au milieu de cette rue, le calesero (conducteur), sentant de la surcharge, avait envoyé au pauvre Perico un coup de fouet qui l’avait forcé à lâcher prise.

Lorsque, après s’être frotté les yeux tout pleurants, il eut retrouvé la faculté de voir, le calesin était déjà au bout de la rue de la Fé. Perico, excellent coureur, avait pris ses jambes à son cou…

A l’extrémité de la rue, elle fit un coude et Perico la perdit de vue…. Dépité, il s’était promené quelques temps dans le quartier… Bien de jolies têtes souriaient, encadrées aux fenêtres, et se penchaient sur les balcons, mais aucune n’était celle de la manola qu’on l’avait chargé de suivre… »

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*Nous recherchons un local à Tarbes pour installer un petit musée Théophile Gautier. Merci de nous contacter à lesnouvelles65@orange.fr

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« Dépité de n’avoir pu faire ce qu’Andres lui avait demandé, Perico descendit vers le Prado pour rendre compte de sa mission. Il était à peu près certain que la belle demeurait dans le quartier qu’il venait de quitter.

S’il fût resté quelques minutes de plus, il aurait vu un second calesin s’arrêter devant une maison de la rue del Povar, et un homme, le manteau sur les yeux, sauter légèrement à bas de la voiture et s’enfoncer dans l’allée. Le mouvement du saut dérangea les plis de la cape, qui laissa briller un éclair de paillon et découvrit quelques gouttelettes de sang sur une jambe nerveuse. Vous avez sans doute reconnu Juancho. En effet, c’était lui…

Perico se dirigea d’un pas allongé du côté de l’obélisque du Deux-Mai, où Andres lui avait donné rendez-vous. Autre anicroche. Andres n’était pas seul. Doña Feliciana avait aperçu de sa voiture son fiancé se promenant avec une impatience nerveuse et elle était descendue, ainsi que son amie, et s’approchait d’Andres. Elle lui avait demandé si c’était pour composer un sonnet qu’il errait ainsi sous les arbres à l’heure où les mortels moins poétiques se livrent à leur nourriture. Le malheureux Andres, pris en flagrant délit de commencement d’intrigue, ne put s’empêcher de rougir et balbutia quelques galanteries banales.

Perico, embarrassé, tournait autour du groupe. Tout jeune qu’il était, il avait compris qu’il ne fallait pas donner à un jeune homme l’adresse d’une manola devant une belle personne si bien habillée. Seulement, il s’étonnait qu’un Caballero qui connaissait de si belles dames à chapeau, prit intérêt à une manola en mantille. »

** Nous cherchons un local pour installer un petit musée Théophile Gautier à Tarbes. Si vous en possédez un, merci de nous contacter à lesnouvelles65@orange.fr

« Militona demeurait, en effet, dans une des rues soupçonnées par le jeune espion d’Andres. Vous dite le genre d’architecture auquel appartenait la maison qu’elle habitait serait fort difficile. La plus grande fantaisie avait présidé au placement des fenêtres, dont pas une n’était pareille… Le haut, mieux conservé, offrait des traces d’ancienne peinture rose qui paraissait honteuse de sa misère…

Militona monte en sautillant les marches calleuses de l’escalier ; elle nage déjà dans la lumière des étages supérieurs. Elle prend sa clef et ouvre. Une simple couche de chaux remplaçait, sur la muraille, le papier et la tenture… Une table de sapin, deux chaises et un petit lit formaient tout l’ameublement.

Un coup sec, frappé à la porte comme un doigt de fer retentit. A l’ouverture, parut la tête de Juancho, pâle sous le teint bronzé dont le soleil de l’arène l’avaitrevêtue. Il entra. Son visage trahissait les violentes émotions qui l’avaient agité dans le cirque ; on y lisait une rage concentrée. Ce qui l’occupait surtout, c’était de n’avoir pu quitter l’arène assez tôt pour rejoindre le jeune homme qui paraissait si galant auprès de Militona. Où le retrouver maintenant ? Il dit à Militona :

- Quel était ce jeune homme placé à côté de vous ?

- C’est la première fois que je le rencontre ! Je ne le connais pas !

- Mais vous voudriez le connaître ?

- Eh bien ! Quand cela serait ?

- Si cela était, je le tuerais, ce charmant garçon en bottes vernies !

- Juancho, vous parlez comme un insensé ; vous ai-je donné le droit d’être jaloux de moi ? Vous m’aimez, dites-vous ; est-ce ma faute et faut-il que je me mette à vous adorer sur le champ ? Je ne vous ai jamais fait de promesses ni permis de concevoir d’espérances. Oubliez-moi ! »

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Notre Tarbais, qui écrivit plus de trente romans et nouvelles, ainsi que des centaines de critiques artistiques dans les journaux de son temps, proposa, après deux voyages en Espagne, ce beau récit romantique « Militona », que les lecteurs de La Presse découvrirent en 1847.

« Je ne vous ai jamais fait de promesses. Je vous ai toujours dit de m’oublier. Ferez-vous toujours la solitude autour de moi ? Vous avez estropié ce pauvre Luca, un brave garçon qui m’amusait, et blessé grièvement Gines, votre ami, parce qu’il m’avait effleuré la main ; croyez-vous que cela arrange beaucoup vos affaires ?

- Mais c’est que je t’aime, Militona, de toutes les forces de mon âme, avec toute la fougue qui calcine mes veines… » Et là-dessus, il se leva brusquement et sortit en grommelant :

« Je saurai bien le retrouver et lui mettre trois pouces de fer dans le ventre… »

Comme Andres descendait la rue d’Alcala pour retourner chez lui, il se sentit tirer par la basque de son habit ; c’était Perico qui, ayant fait de nouvelles découvertes, tenait à lui rendre compte de sa mission.

« Caballero, dit l’enfant, elle demeure dans la rue del Povar, la troisième maison à droite. Je l’ai vue tantôt à sa fenêtre. »

« Ce n’est pas tout de connaître le nid de la colombe », se dit Andres, « Il faut encore arriver jusqu’à elle. Je ne vois guère d’autre moyen que de m’aller établir devant sa maison… Dans un temps donné, elle doit sortir car je ne suppose pas qu’elle ait sa chambrette approvisionnée pour six mois de dragées et de noisettes. Allons au Rasto, acheter de quoi nous transformer de fashionable en manolo ! »

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« Tout en forgeant dans sa tête ces mille stratagèmes qui s’écroulent les uns après les autres, Andrès arriva au Rasto. C’est un curieux endroit. Figurez-vous une espèce de butte entourée de maisons chétives et malsaines, où se pratiquaient toutes sortes d’industries suspectes. Sur ce tertre et dans les rues adjacentes se tiennent des marchands de bric-à-brac de bas aloi : fripiers, marchands de ferraille, de chiffons, de tout ce qui est vieux : la jupe à paillettes désargentée de la danseuse est pendue à côté d’une soutane élimée et rapiécée ; des étriers de picador sont mêlés à des tableaux noirs et jaunes…

Cependant, en remontant vers la place, il y a quelques boutiques un peu plus relevées où l’on trouve des habits encore propres. Ce fut dans une de ces boutiques qu’Andrès entra. Il choisit un costume de Manolo assez frais… Après avoir payé il dit au marchand qu’il reviendrait le soir se costumer dans sa boutique…

Le soir était venu, et Juancho le toréador, revêtu de ses habits modernes qui le rendaient méconnaissable, parcourut d’un pas saccadé et fiévreux les avenues du Prado, regardant chaque homme au visage ; il entra dans tous les théâtres ; il avala toutes sortes de glaces dans les cafés sans découvrir rien qui ressemblât à ce jeune homme qui parlait d’un air si tendre à Militona pour l’excellente raison qu’Andrès, qui était allé se costumer chez le marchand, prenait le plus posément du monde, un verre de limonade glacée dans une orchateria de chufas (boutique d’orgeat), située presque vis-à-vis de la maison de Militona…

Militona, cachée dans l’angle de la fenêtre, se demandait quels étaient les projets du jeune homme, et redoutait la scène terrible qui ne saurait manquer de résulter d’une rencontre entre Juancho et lui… »

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« Eloignez-vous… Je n’ai pas le temps de vous écrire plus long. Demain, je serai à dix heures dans l’église de San-Isdiro. Mais, de grâce, partez : il y va de votre vie.

La rue était tout à fait déserte, et Andrès se retirait à pas lents, lorsque l’apparition d’un homme, enveloppé dans un manteau sous lequel le manche d’une guitare dessinait un angle, éveilla sa curiosité et le fit se blottir dans un coin obscur. L’homme rejeta les pans de son manteau sur ses épaules, ramena sa guitare par devant, et commença à tirer des cordes ce bourdonnement rythmé qui sert de base aux mélodies des sérénades…

Don Andrès, ayant un peu avancé la tête hors de l’ombre, fut atteint par un rayon de Lune et dénoncé aux regards vigilants de Juancho qui, jetant sa guitare, courut et s’avança sur Andrès.

- Défends-toi ou meurs comme un chien ! cria Juancho en tirant sa navaja et en roulant son manteau sur son bras…

Andrès, à plusieurs reprises, répondit à ces attaques par des ripostes vives et bien dirigées… Juancho s’élança comme un tigre sur son ennemi. Andrès tomba et sa chute fit ouvrir la porte mal fermée de la maison de Militona…

Juancho s’était éloigné, sans s’assurer si Andrès était mort ou seulement blessé : il croyait l’avoir tué, tant il était sûr de ce coup infaillible. Il ne se sentait aucun remords… »

Don Andrès a-t-il été assassiné par le violent toréador ? Ne reverra-t-il jamais la belle Militona ? Comment va-t-elle réagir face à cette agression ? C’est ce que vous découvrirez dans le roman de Théophile Gautier, en vente chez votre libraire favori.

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